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Petite épiphanie du théâtre

En ce fameux Jeudi 11 avril...
Théâtre Lucet Langenier à Saint-Pierre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comment, par une chaude soirée d’été, un petit événement, une action parallèle, introuvable sur tout livret de programmation, comment se forgea une rencontre à plusieurs voix, comment se fabriqua un de ces moments de grâce…

 

Le théâtre avait refermé ses portes, la dernière pièce de la Trilogie sur le Destin ayant été applaudie ; mais les comédiens et toute « Lékip » dans le sillage du directeur de nos actions culturelles à Lucet Langenier, avaient concocté, fomenté, construit, imaginé qu’on pouvait donner un prolongement à la représentation scénique : un point final à une tournée de la Compagnie « Les Cordes Pas Sages », un point d’orgue, oui, un « truc » original qui avait germé dans les esprits, l’idée d’un jeu d’après jeu, toujours sur le mode du jeu.

Tout cela restait confus dans le cerveau des spectateurs, mais par curiosité, car ce qui est autre, nouveau, différent, est immédiatement attractif, en troupeau humain consentant et vaguement impatient, mais tranquillement, l’humeur paisible et déjà repue de textes à la portée puissante, nous nous sommes rendus vers ce que l’on pensait être une salle vouée à de sérieuses et professionnelles réunions. 

Quelle agréable surprise, quel bien-être de découvrir que nous avait été préparée une sorte de bistrot estival, les tables s’encanaillant sur une terrasse illuminée, aux abords d’un jardin apaisant, sous le croissant bienveillant de la lune montante.

On s’installe, on se sert au minibar improvisé, on discute, les gens se retrouvent, entre amateurs de théâtre et de spectacle ; ou bien ils font connaissance, un sourire aux lèvres, confiants, sensibles au charme indéfinissable et tellement simple de l’endroit !

Et puis, les quatre comédiens des « Cordes Pas Sages » ont donné le « la », entonnant une chanson a cappella. Or ce n’était pas une page ajoutée à la représentation. Dans un ordre pour nous aléatoire, mais en vérité selon un déroulé bien rodé, des « spectateurs » se sont levés, et l’un après l’autre, mais dans un ensemble choral très varié, en créole et en français, tous, toutes, y sont allés de leur verbe, de leur verve. On s’est laissé prendre, embarquer, emporter : voyage vers une île cythèréenne  de mots, d’humour, de talent où la diversité se rassemblait en harmonie ; un fil conducteur selon ce qu’on nomme « L’Art de Vivre » et les textes, les chants, la poésie, les jeux de sonorités, les facéties, la fantaisie, le beau, le drôle, tout cela a formé un spectacle de plaisir partagé, une parenthèse bénéfique, un cadeau offert. Nos artistes péi ont tissé avec nos quatre comédiens invités un métissage parfait : interpénétration des talents, ressemblance dans ce que d’autres appellent la différence, voix d’hommes et de femmes, un monde de mots, un groupe de gens généreux d’eux-mêmes, adeptes de l’acte gratuit gratifiant, des artistes, enfin !

Totale réussite qui a réaccordé un fragment de la ville en un microcosme rieur, heureux, oui, heureux, tout simplement. 

Un immense MERCI pour cette aisance à créer de l’humanisme léger, de l’humeur volubile, chaque spectateur souhaitant exprimer sa grande satisfaction d’avoir été là, à la bonne place, au bon moment.

On se prend à rêver que cette improvisation superbement maîtrisée donne le « la » à d’autres possibilités de cette nature et de cette qualité. L’idée est lancée, la première mouture est d’excellence, et que le procédé se perpétue sous l’angle d’un constant renouvellement…

 

Un bel élan, un beau moment, une belle rencontre !

 

Halima Grimal

au nom de tous les spectateurs présents à cette fête du texte.