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Le tour du monde en 180 vannes

Henry-David Cohen présente son "Tour du monde en 180 vannes" 

Représentation du  Samedi 5  avril à 20h.
Théâtre Lucet Langenier à Saint-Pierre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après un retard conséquent qui impacte quelque peu l’humeur pourtant positive et hospitalière du public, le voici qui déboule sur le plateau, torse nu, en bermuda, avec  l’air  du surfeur affairé qui rentre de quelque spot et qui vient nous confier les péripéties et autres mésaventures liées à un périple sabbatique  de quinze mois en Terre Inconnue. On est prêt à oublier l’attente dans la fournaise humide de l’entrée en cette chaude soirée d’été. Henry-David Cohen fait son apparition.

 

Sur scène, le décor est simple et réduit à la signification du titre : une mappemonde pour le « Tour du monde » ; une planche de surf sur laquelle sont énumérés les zones et pays visités ; ça, c’est pour le fun ; et une coco avec paille, notre « héros » est un habitué des Tropiques, il se désaltère et se « re-sucre ». On attend.

 

Et on attendra un bon moment, après une assez heureuse définition du tourisme qui joue quand même sur la facilité et flatte l’auditoire car nous sommes les habitants d’une île particulièrement attractive : « un choix de lieux en vogue où ceux qui viennent seraient mieux chez eux et où les gens qui vivent sous ces tropiques ardemment désirés seraient mieux sans eux ». La citation n’est pas exacte : le flux de parole est rapide, et surtout, en à peu près vingt minutes d’autopromotion et d’exhibition de biceps et d’abdominaux (que l’on fera tâter par une quelqu’une du public repérée et récupérée pour avoir l’honneur de toucher la sacro-sainte musculature virile de « l’artiste »), vaguement décent sous un marcel qui souligne une plastique de sportif avéré, HDC se présente, se définit, se décortique à tout va : état civil complet, grande joie d’être parmi nous, adresse aux spectateurs pour établir un contact chaleureux, choix de questions pour rire et pour rompre la glace…. « Est-ce que tout le monde comprend le français ? ». Flop de consternation qu’il faut vite effacer. « Qui ne connaît pas Paris ? ». Idem, stupéfaction affligée. Alors, il se la joue en dessous de la ceinture : « Qui n’a jamais été aux putes ? ». Gêne. Mais qui est cet énergumène ? Et enfin, « Qui a déjà fait le tour du monde ? ». Il se pensait le seul. L’auteur de cet article ne lui fait pas grâce, elle lève la main, oui, elle a tourné autour de la planète vingt-deux années durant en travaillant sur les cinq continents, ce n’est pas quinze mois qui vont l’impressionner…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On attend toujours… le début du show. On nous assène que nous n’avons certainement pas l’habitude du seul en scène. Alors, il va nous montrer.

La thématique du voyage est toujours mal aisée à aborder car le piège est de tomber et de s’engluer dans un propos énumératif : nous y sommes, la chausse-trappe  de la liste quantitative s’est ouverte sous les pas nerveux de ce jeune-homme qui nous a précédemment « autorisés » à rire à chaque vanne… On voudrait bien ! Nous sommes un public de bonne volonté mais lorsque nous entendons que « tous les chemins mènent au rhum », nous avons au fond de la bouche un arrière-goût d’humour « à la papa » relooké façon « djeun’s ».

S’ensuit une kyrielle de poncifs, comme des caricatures de mauvaise B.D. : quid des réactions autochtones quand l’étranger en vadrouille demande son chemin ? Et les « bonnes manières »… Une liste de clichés plus tard, le sujet de prédilection est alors abordé : la drague. Les Guadeloupéens sont particulièrement ciblés ; HDC veut tout nous apprendre sur le « zouk-love », le collé-serré, la danse des « frotteurs », démonstration à l’appui. Un joyeux coup de griffe sur les compagnies aériennes où tout le personnel de bord est « rasta-man », d’où la possibilité d’une « décanabisation » de la cabine, alors ne pas manquer d’appliquer son « masque à beu » ; « là-bas, on coupe les moteurs, car même l’avion plane »… Les Portoricains en prennent pour leur grade, enfin, les « locaux » qui sont vraiment « loco »…

 

Mais le pire était à venir : les îles paraissent de véritables lupanars où on n’a qu’à se servir.  HDC va même faire monter sur scène une jeune fille, bien piégée dans son rôle de groupie, pour une simulation de ce qu’on appelle au Sénégal et en Guinée Conakry, « la danse du ventilateur », une gesticulation ondulante du ventre, penchée en avant, danse de prostituée qui évente son amant d’une nuit du mouvement savant de son postérieur. De l’Afrique, justement, on a droit à tout le déroulement attendu de l’entassement dans les transports en commun, avec ce proverbe en exergue : « là-bas, un bus n’est jamais plein » ; surcharge, bêtes et humains mêlés, incidents en pagaille. Evidemment, les taxis sont des épaves, il faut pousser pour faire démarrer le véhicule ; un continent entier semble n’être que le « vide-grenier » de l’Occident.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au bout d’un temps qui semble ne jamais devoir finir, retour au « bled », à Barbès. Ouf ! Mais l’autopromotion reprend et nous sommes sollicités pour faire fonctionner le bouche-à-oreille nécessaire afin de remplir encore deux salles qui attendent le récit autocentré de ce Tintin du XXIème siècle qui fait feu de tout le bois déjà exprimé par maints soi-disant comiques. On le dit dans la lignée de Bigard. Non. HDC n’est pas grossier dans les termes, pire, il est vulgaire dans les intentions.

 

Qu’il ne se méprenne pas sur ce que nous sommes. Oui, nous le comprenons fort bien, il n’est rien de complexe ni de novateur dans le déroulé de son prétendu spectacle.  Lequel est bien « débutant »  et mériterait une réécriture, c’est-à-dire, en fait, une écriture. La « tchatche » n’est pas un talent, c’est juste une manière d’être, ce n’est pas suffisant pour se produire sur scène. Il faudrait un regard extérieur pour guider un jeu que la grimace et la posture ne sauraient remplacer. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jeune homme, vous avez la vie devant vous pour vous construire en tant qu’auteur et comme comédien ; c’est un projet de longue haleine que vous pouvez mener à bien à condition de travailler vraiment en harmonie avec l’équipe de la régie et d’œuvrer au partage de ce que vous souhaitez sur scène. Soyez à l’heure, ne soyez pas ce touriste sans lequel nous sommes très bien chez nous, venez à nous avec naturel et sans vanité, juste tel que vous êtes, vrai, authentique. Ne bousculez pas un public prêt à vous accueillir chaleureusement selon la tradition de la belle éducation créole.

 

Rencontre manquée. Certes. Il ne tient qu’à vous de respecter l’Autre qui vous fait face, et de vous respecter vous-même, car le choix de la facilité est réducteur et vous valez certainement mieux que ce que vous nous avez montré de vous.

 

 

Halima Grimal

 

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